Olivier Soucy : expérimenter avec la musique traditionnelle

Si au départ elle servait uniquement à soutenir la danse, notre musique traditionnelle québécoise trouve plus que jamais sa place sur la scène… et dans les studios d’enregistrement! Énergique, vivante et pleine d’audace, la musique traditionnelle se révèle, à bien y penser, un terreau fertile pour les musiciens, influençant leur démarche de création de nouvelles mélodies. À notre plus grand bonheur.

Entretien avec Olivier Soucy, guitariste, violoneux, harmoniciste et chanteur qui, aux dires de plusieurs, est doté d’un incroyable sens de la musique.

Il travaille actuellement à la composition d’une musique de court-métrage dans le cadre du projet La Virée Trad – Maillages, une projection-performance de courts-métrages portant sur le geste créateur en artisanat réalisés par trois artistes numériques.

QuébecSpectacles est allé à sa rencontre durant une séance de travail pour discuter de la composition en musique traditionnelle.

Q. Que ce soit l’écriture des paroles d’une chanson, d’une pièce de théâtre ou la composition d’une mélodie, le processus de création diffère d’un artiste à l’autre. Quand tu amorces un nouveau projet, comme c’est le cas pour La Virée Trad, quel est l’élément déclencheur? Qu’est-ce qui t’inspire?

R. Je suis un musicien qui fait de la musique traditionnelle pas seulement dans le temps des fêtes. J’en fait à l’année. J’aime explorer des univers. Ce projet tombait donc dans mes cordes, d’autant plus que je connaissais l’artiste qui réaliserait la vidéo. Cela m’a tout de suite inspiré quelque chose qui allait au-delà de la musique traditionnelle dans sa forme la plus connue. J’ai eu envie de pousser plus loin la collaboration et de conjuguer nos univers.

Q. Tu donnes sens à la notion de maillage dès le départ, comme si cela guidait ton processus de création?

R. Dans le passé, j’ai fait de la musique électronique aussi. J’ai eu envie de réunir ces ambiances rythmées pour ce projet. Ce sont des styles qui se mélangent bien. Pour moi, jouer de la musique traditionnelle ne signifie pas la jouer comme elle l’était il y a 200 ans. Mais plutôt comme j’en ai envie avec les instruments que j’ai à ma disposition.

Je joue de la guitare, de l’harmonica. J’aime bien les mélanger. J’ai toujours tripé sur la musique électronique et sur les environnements sonores un peu «flyés» et sur ce qui était plus expérimental.

Q. La musique que tu composes pour le court-métrage est une création. Qu’est-ce qui sera l’ancrage de la composition pour qu’elle soit associée à la musique traditionnelle?

R. Ma première idée a été de travailler avec une pièce vraiment traditionnelle que j’aime beaucoup, la pièce d’Aimé Gagnon, un violoneux d’origine, que je joue à l’harmonica. J’ai donc brodé là-dessus en mettant des effets sur ma guitare pour faire l’ambiance que je recherchais, un son un peu plus expérimental. J’ai tricoté autour de ça!

Ensuite, après avoir créé une première ambiance sonore avec le reel de ce violoneux très traditionnel, j’ai décidé de me lancer dans quelque chose de plus électronique, des «beats». J’ai expérimenté avec une petite machine qui me permet de transformer la musique, par exemple en augmentant le rythme ou en reprenant des séquences sonores en boucle.

Pour la suite, j’ai décidé de composer. J’ai cherché. Je me suis amusé avec les «bidules» informatiques électroniques à créer des ambiances que j’aimais. À force de jouer et d’improviser un peu avec mon violon, j’ai fini par faire quelque chose qui est digne de s’appeler des reels.

Q. Chaque style de musique a des caractéristiques qui permettent de les distinguer. On entend du pop, du rock, on a les références pour les identifier. Pour la musique traditionnelle, quelles sont ses caractéristiques?

R. Il y a effectivement des balises qui caractérisent les vrais reels canadiens-français, même irlandais car ça se rapproche un peu. Il faut respecter ces balises si on veut créer dans le style de la musique traditionnelle. C’est très énergique, répétitif aussi, d’où le lien avec la musique électronique dans laquelle le rythme revient, souvent en boucle.

Ensuite, il y a les règles de base. Un reel est composé en deux parties, la partie A et la B; parfois une troisième partie. On reste tout de même dans des constructions plus standards. Pour le projet Maillage, j’ai fait de la musique carré, parce que la musique électronique c’est très carré, mais dans le style traditionnel du reel qu’on appelle croche, qui se compte donc en quatre temps.

Dans la musique traditionnelle, on ajoute souvent aussi un cinquième temps ici et là; on en enlève un à un autre endroit. C’est très motivant et audacieux pour les musiciens de la comprendre, de la saisir et de s’en rappeler. Il y a un niveau de difficulté certain à faire un accompagnement à cette musique pour que ça fonctionne bien.

Q. Olivier, tu as demandé à l’harmoniciste Ulysse Ruel de collaborer à la composition pour le court-métrage avec son harmonica expérimental post-blues. Cette collaboration prend quelle forme?

R. Quand je compose avec mes outils électroniques, j’essaie de faire des ambiances sonores avec beaucoup de réverbération, des échos. Ulysse travaille beaucoup avec cela aussi. Alors, si je peux remplacer un peu de son électronique par la musique créée par Ulysse, on va explorer ces possibilités. Nos ambiances peuvent très bien s’entremêler pour en créer de nouvelles. Cela permet de pousser vraiment plus loin l’expérimentation.

Dans le cadre de la Virée TRAD, le projet Maillage sera une installation-performance qui réunit l’artisanat, les arts numériques et la musique traditionnelle. Cette activité est présentée par Centre de valorisation du patrimoine vivant «ès TRAD»